Design et Histoires

Le blog de Jocelyne Leboeuf

Entrées du juillet 2011

29 juillet 2011    Design(s)/Autres disciplines

Innovation et design

La notion d’innovation a été traditionnellement rattachée à l’histoire des progrès techniques qui ont permis le développement industriel occidental au XVIIIe siècle. Les travaux de l’économiste autrichien Joseph Schumpeter, dans la première moitié du XXe siècle, ont mis en évidence des mécanismes propres à l’innovation dans la dynamique capitaliste, avec la figure de l’entrepreneur qui porte celle-ci à différents niveaux (techniques, méthodes de production, organisation du travail…) pour gagner la première place sur le marché.

Ceci est sans doute très restrictif, sauf à nier la créativité innovante dans d’autres domaines et d’autres époques, mais dans le contexte actuel d’une économie mondialisée, l’innovation reste avant tout attachée aux notions de performance, compétitivité et croissance. De nouveaux produits, de nouveaux projets, doivent permettre aux entreprises d’être les meilleures. Le futurisme technologique, souvent associé à l’innovation dans l’imaginaire, a porté nombre d’utopies et conserve toute sa séduction, en particulier dans le domaine des technologies de la communication et de l’information. Mais pour que l’innovation devienne produit, apporte une transformation dans notre quotidien, un certain nombre de paramètres entrent en jeu.

C’est dans cette partie que le design trouve une place essentielle.

L’histoire du design industriel révèle différents courants de pensée et différentes pratiques, depuis l’alliance du beau et du bon des siècles passés, aux formes actuelles d’un design associé au management et aux stratégies d’entreprise (voir article précédent ce de blog, « de l’objet icône au design thinking »). Quelles que soient les figures du design et ses apprentissages (méthodes de créativité, de projet, cultures techniques et artistiques, culture humaniste et culture d’entreprise), l’innovation par le design, centrée sur les usages, se situe dans un défi permanent d’un progrès pour l’homme. Elle revendique cette spécificité de mettre « du sens dans la technique » (forme récurrente des communications sur le design), et d’agir contre les dangers d’une technique auto-finalisée.

Mais l’innovation par le design c’est aussi favoriser le développement de la société de consommation, permettre aux entreprises de gagner des parts de marché, répondre aux urgences des commandes… (1)

Comment concilier le souci permanent de nouveautés (innover à tout prix), la politique du court terme qui caractérise nos sociétés, et le nécessaire recul critique, l’épaisseur du temps, indispensables pour un véritable engagement dans la promesse d’un monde meilleur ? (2)

Certes ces questions ne sont pas réservées au design et, dans le contexte même du design, il est indispensable qu’elles soient pensées dans un cadre trans-disciplinaire (philosophie, histoire, sciences humaines), non seulement dans les écoles, mais également dans tous les champs de la vie économique et sociale.

Notes :

1 – Armand Hatchuel parle de « grande charade à laquelle aboutissent invariablement les historiens du design », le design étant alors « cette étrange pratique qui, dans de nouveaux objets, tente rien moins que concilier capitalisme et humanisme, intérêt et sens, séduction et authenticité, rhétorique et vérité, tradition et invention », introduction du texte « Quelle analytique de la conception ? Parure et pointe en Design », colloque « le design en question(s) », Novembre 2005, Centre Georges-Pompidou.

2  - avec la conscience que l’humanisme revendiqué ne relève pas uniquement d’une rhétorique (généralisante et opportuniste) dissimulant la réalité complexe des situations concrètes et la responsabilités des différents acteurs.

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21 juillet 2011    Art(s)/Histoire(s)

De l’idée à la forme, exposition Porza, Musée Galliera, 1939

« Le Libre signe » de Porza

En mars-avril 1939 se tenait au musée Galliera à Paris la dernière exposition de l’association Porza en France.  Fondée au début des années vingt dans la commune de Porza (district de Lugano en Suisse) par le peintre allemand Werner-Alvo von Alvensleben, le sculpteur suisse Mario Bernasconi et le peintre russe Arthur Bryks, cette association avait pour vocation de promouvoir les échanges artistiques et intellectuels au niveau international. Une branche française avait été créée par Jacques Viénot, un des fondateurs du mouvement de l’Esthétique industrielle en France et proche de l’Union des Artistes Modernes (UAM). Sur les 69 créateurs exposés à Galliera, beaucoup étaient effectivement des membres de l’UAM, tels Le Corbusier, Pierre Jeanneret, Robert Mallet-Stevens, les frères Martel, Pierre Chareau, Auguste Perret, Albert Gleizes et bien d’autres… mais pas tous. Les objets et projets d’architectures, dessins, photographies, peintures et sculptures y étaient présentés, ainsi que le souhaitait Jacques Viénot sans ligne directrice d’école :

On chercherait donc vainement parmi les artistes qui participent à l’exposition Porza, une communauté d’idéologie artistique. Est-ce à dire que le public doive y perdre ? Je crois, bien au contraire, que la diversité des tendances démontre par elle-même la vitalité du sens plastique et de l’esprit inventif qui anime les artistes contemporains. (Préface du catalogue, Jacques Viénot, président de l’Association Porza, 1939).

Le catalogue avec des illustrations de Raoul Dufy, Albert Gleizes, Jean Lurçat, Henri Navarre, Jacques Villon et Henry de Waroquier donne peu d’indications, hormis une liste de noms, des adresses et quelquefois un petit commentaire de personnalités de la critique d’art comme Raymond Cogniat, Louis Cheronnet ou Bernard Champigneulle. Devait-on faire disparaître toute trace d’une exposition organisée à la veille de la guerre  par une association à vocation internationale ? Le catalogue retrouvé dans des archives familiales m’avait conduit au musée Galliera mais le service documentation de la bibliothèque du musée m’avait alors affirmé qu’il n’y avait aucune mention de cette exposition dans leurs archives :

Seules les expositions sur la reliure anglaise et la marionnette sont répertoriées pour l’année 1939. (courrier du service documentation du musée, 27 octobre 2003)

Ce catalogue existe pourtant et un courrier daté du 18 juillet 1941 (1) envoyé par le musée à Jacques Viénot (archives familiales) atteste également de liens entre cet établissement et le président de Porza.

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