Design et Histoires

Le blog de Jocelyne Leboeuf

30 janvier 2015

Innovation sociale et Design

Dans son article « Making Things Happen : Social Innovation and Design »(1), Ezio Manzini donne des exemples d’innovation sociale menée par des non designers, en soulignant que leur démarche innovante, en rupture avec les modèles dominants, leur confère de fait un statut de designer. En parlant de Franco Basaglia, grande figure de la psychiatrie alternative et Carlo Petrini, fondateur du mouvement international Slow Food, il qualifie leur démarche de stratégie de design définie par trois types d’actions interdépendantes :

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25 juillet 2014

En hommage à Jacques Inguenaud

J’ai eu la chance de faire la connaissance de Jacques Inguenaud il y a quelques années et de recueillir son témoignage de designer industriel. Ayant mené des recherches sur la période de l’Esthétique industrielle et en particulier sur le premier Cours Supérieur d’Esthétique Industrielle créé par Jacques Viénot, j’avais demandé à Jacques qui avait fait partie des premiers étudiants de Viénot s’il accepterait de répondre à quelques questions. Il avait accepté avec beaucoup de gentillesse cet exercice de mémoire, objet d’une correspondance écrite en novembre 2011.

Jacques Inguenaud, créateur d’E.N.F.I. (Esthétique Nouvelle de le Forme Industrielle) en 1961, nous retrace à travers cet entretien l’aventure d’un enseignement  novateur, à l’origine des écoles de design.

Il y exprime ces valeurs attachées au travail collectif  qui ont été la marque de sa carrière.

Lors de nos entretiens, j’avais pu constater à quel point il était toujours aussi enthousiaste pour ce métier, défendu avec passion et générosité.

Je remercie sa compagne, Catherine Hardouin, de m’avoir autorisée à publier ces échanges.

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23 juillet 2014

Mutations urbaines, « Arts de faire »

Michel de Certeau parlait de « l’oeil totalisant » pour qualifier l’utopie de visibilité globale, cohérente, maîtrisée, à laquelle renvoient les premières représentations de villes en perspective. Au Moyen-Age et à la Renaissance, les peintres inventèrent le « survol de la ville » par « un oeil qui pourtant n’avait encore jamais existé » (1) :

L’atopie-utopie du savoir optique porte depuis longtemps le projet de surmonter et d’articuler les contradictions nées du rassemblement urbain. Il s’agit de gérer un accroissement de la collection ou accumulation urbaine.

« L’oeil totalisant » de la représentation renvoie au mythe de la ville théorique rationnelle, portée par les projets urbanistiques de la modernité, mais

Le dieu voyeur que crée cette fiction (…) doit s’excepter de l’obscur entrelacs des conduites journalières et s’en faire l’étranger. C’est « en bas » au contraire (down), à partir des seuils où cesse la visibilité, que vivent les pratiquants ordinaires de la ville. Forme élémentaire de cette expérience, ils sont des marcheurs, Wandersmänner, dont le corps obéit aux pleins et aux déliés d’un « texte » urbain qu’ils écrivent sans pouvoir le lire.

Et ce qui intéresse en effet Michel de Certeau, c’est justement tout ce qui d’une certaine manière, échappe à « l’espace « géométrique » ou « géographique » des constructions visuelles, panoptiques ou théoriques ». Il s’agit de sortir de « la ville planifiée et lisible », discours utopique qui repose sur l’idée de la possibilité « d’une triple opération : production d’un espace propre, substitution d’un non temps, création d’un sujet universel et anonyme qui est la ville elle-même ».

Il n’était pas encore question de « ville intelligente », mais la réflexion de Michel de certeau reste fructueuse pour penser les formes de projet désignés par cette nouvelle expression.

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26 février 2014

Porza and Jacques Viénot : from an artists’ melting pot to a program for French industrial design

When Jacques Viénot suggested the creation of an international federation at the Congress ‘Beauté, bien-être et source de richesse’ (Beauty, well-being and source of wealth) in Paris in 1953, he became the driving force behind the Industrial Aesthetics movement in France. Before the Second World War, his career was linked to the world of decorative arts. His involvement in artistic circles and his standing as a businessman were an integral part of the international outlook which led him to create the French branch of Porza at the beginning of the thirties.

This association encouraged dialogue and understanding between nations. It was a place conducive to passionate debates in the field of the arts and intellectual thinking in the 1930s. The Second World War put a brutal end to this venture. Porza’s pacifist ideas were no longer plausible, indeed they could even have been viewed as suspicious, and this story remains a little-known episode in the cultural history of the interwar years. In the Viénot family archives, we were lucky enough to find a members’ newsletter, Nouvelles Brèves. Updated each month between 1932 and 1938, the document provides us with the names of the key members and allowed us to retrace the ideological context of Porza’s creation, as well as its ties with French artistic circles.

The research question considered in this text centres on the extent to which Porza played a seminal role in Jacques Viénot’s commitment to the creation of the industrial design movement in the 1950s.

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29 décembre 2013

Design industriel, territoires anciens et questions actuelles

En 1961, le designer américain Peter Muller-Munk déclarait que le design industriel ne connaissait pas de frontières fixes et il estimait que cela était « une excellente chose » (1) :

Nous en sommes encore à explorer de nouveaux territoires et nous continuons à fertiliser des domaines qui ont été saccagés par d’autres. En cet âge de l’espace, non seulement l’homme, mais aussi les professions doivent apprendre à penser en termes spéciaux. Je m’opposerai donc à toute tentative doctrinaire de régimentation professionnelle et, tant que nous adhérons à la définition du design établie par la constitution de l’I.C.S.I.D., je suis heureux de savoir que cela n’arrivera pas.

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18 novembre 2013

design discipline(s) indisciplinée(s)

Dans un article paru dans la revue Design Issues (1),  les auteurs Craig Bremner et Paul Rodgers, parlent de l’embarras du designer industriel Dieter Rams (2) face à la dévaluation du mot design. Le design ne doit pas être considéré comme un adjectif rattaché à un produit pour lui conférer artificiellement une valeur ajoutée mais est une « profession sérieuse », dont les enjeux portent sur tous les aspects de notre quotidien,

(…) economy as well as ecology, with traffic and communication, with products and services, with technology and innovation, with culture and civilization, with sociological, psychological, medical, physical, environmental, and political issues, and with all forms of social organization (3).

La posture de Dieter Rams est celle du professionnel du design industriel, métier né dans la première moitié du XXe siècle et dont les champs d’investigation, méthodes et  codes déontologiques se sont mis en place après la Deuxième Guerre mondiale dans les pays industrialisés (4).

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16 août 2013

Penser la pensée du design

Le terme design recouvre à notre époque une grande diversité de domaines d’application. Il remplace quelquefois les anciennes dénominations de métiers de conception mais fait référence aussi à de nouveaux métiers apparus à la faveur des évolutions techniques et scientifiques, des mutations sociales et économiques. Il ouvre sur des champs spécialisés qui peuvent être simplement une nouvelle façon de nommer ce qui se pratiquait auparavant par les designers, sans qu’il y ait d’appellation spécifique (design thinking, universal design, design for all…).

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14 juin 2013

Dessine-moi une utopie

Dans une étude sur l’urbanisme américain des années 1920, « Les gratte-ciel de l’avenir » (1), Carol Willis écrivait que les projets de ville de gratte-ciel dessinant l’avenir radieux  d’une cité idéale faisaient  » rarement référence aux systèmes administratifs ou sociaux » présents dans les utopies politiques. Il n’était pas besoin d’ imaginer de nouvelles formes d’organisation politique et sociale pour un monde meilleur (2), l’idée de progrès étant inscrite dans le capitalisme technocratique de l’époque. C’était le sens de l’histoire pour instaurer un paradis terrestre.

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17 mars 2013

Design vertueux pour musée

Sous l’impulsion de son premier directeur, Alfred H. Barr, le musée d’art moderne de New York (MoMA, inauguré en 1929) a été engagé dès sa fondation dans une défense de l’art moderne, non seulement dans le domaine de la peinture ou de la sculpture, mais également dans ceux de l’architecture, de la photo, du cinéma et aussi du design (1). L’influence du Bauhaus a été déterminante et le musée a contribué à diffuser une certaine idée du design, le « good design » épuré des modernes.

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6 janvier 2013

Un esprit de l’Industrial design ? Icsid Paris 1963


Cette question était au coeur des débats du 3ème congrès de l’Icsid (International Council of Societies of Industrial Design) qui eut lieu à Paris en 1963 (1). Comment était alors abordée cette question de « l’esprit design » ?

Dans le rapport introductif (2), l’accent mis sur le « désordre » et le manque d’harmonie dans les sociétés industrielles renvoie aux critiques qui étaient déjà celles de l’Art nouveau à la fin du XIXe siècle. Parlant de « cacophonie », les auteurs écrivent :

« La maison a été étudiée par un architecte, le milieu intérieur et les meubles par un architecte d’intérieur, les objets par un industrial designer, les affiches par un graphiste. Peintres et sculpteurs semblent coupés de la vie courante ».

On croit entendre Viollet-le-Duc (Entretiens sur l’architecture, 1863-1872) qui écrivait à la fin du XIXe siècle :

« (…) l’architecte n’a pas tenu compte de la peinture qui devait décorer ses salles, le peintre ne s’est pas préoccupé de l’architecture au milieu de laquelle il venait poser son oeuvre, le fabricant de meubles ne s’est pas soucié ni du peintre, ni de l’architecte, et le tapissier a surtout tenu à ce que ses tentures ne laissent voir autre chose que ce qui sortait de ses ateliers ».

Le ton est donc donné, si « désordre » il y a, celui-ci doit être en partie imputable  aux spécialisations et l’une des question est :  » l’Industriel design sera t-il un facteur de liaison entre les diverses disciplines, de plus en plus influencées par la production industrielle ? »

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